Pour le Salon du Livre de Nantua, je vous propose une histoire à compléter.
L’histoire commence dans une voiture, on ne sait pas combien de personnes il y a dedans...
- C’est quoi encore ?
- Un défilé
- C’est pas vrai ?! Encore ! Mais ils savent plus quoi faire pour emmerder le monde dans cette ville ! Sérieux, on peut pas circuler tranquille, c’est toujours bourré de jeunes à pied à Nantua. De mon temps, les jeunes on les laissait pas trainer dehors comme ça, ils étaient bouclés devant leur console et on savait où ils étaient. Nan mais là c’est pas possible, regarde, en plus ils répondent jamais au téléphone, ils te les mettent au fond du sac et tu peux toujours courir.
Regarde moi ça, toujours leurs pancartes à la con, c’est juste pour embrasser les filles, c’est même pas des manifs.
- C’est sûr qu’il y a une complaisance de la mairie… ah attends regarde, ils font une haie d’honneur les cons
- Oui ben tu parles, ça va être galère de passer quand même. A 10 à l’heure.
- Fais gaffe qu’au début de leurs trucs il y a toujours les tambours. Remonte bien ta vitre, les trompettes ça me tue les oreilles, on n’est pas au stade.
- Bon, ça va c’est pas une grosse troupe, c’est juste pour annoncer leur soirée là, le truc de mode.
- Ah ouais, Paulo me dit qu’il faut qu’on vienne, mais franchement, ça me fout les miquettes de me retrouver avec tous ces Turcs, ces voilées, tout mélangé avec nous. Regarde ça, il y a les gars du rugby déguisés en femmes, ils trouvent ça drôle, ça m’dégoûte.
- Tu sais que la fille de Carla fait le concours cette année ?
- Non, déjà ? Mais elle a pas 16 ans la fille de Carla ?
- Si, je crois, 16 ou 17, mais elle est pas majeure c’est sûr.
- Les parents sont complètement inconscients, c’est dingue. Si elle gagne elle se retrouve toute seule à Ambérieu ou à Paris, c’est pas des âges pour diriger des collections.
- Oui d’autant qu’elle est dans les favoris, elle a été coachée à l’Enfer.
- Non ! Ses parents l’ont laissée aller chez les Renards ? Je savais pas ça. Carla a pourtant plus le genre Paradis, avec sa petite coiffure 1930.
- Ben ça doit sûrement être pour ça que sa fille a choisi les Renards.
- Je l’ai pas vu depuis un moment, note bien.
- C’est Mireille qui m’a raconté ça. Elle a travaillé avec les Ukrainiennes qui habitent à côté, et puis Valérie, forcément. Mais je sais pas du tout ce qu’elle a choisi comme thème.
- Bah ça m’étonne pas c’est secret défense leurs trucs. Chacun sa salle dans la maison Goupil, l’équipe entraînée comme des espions du KGB, tu peux rien leur faire dire, c’est d’un ridicule.
- Oui, d’autant qu’ils se retrouvent tous en bas pour manger donc ils se causent en principe.
- Quand on pense que ce truc a été présenté comme un moyen de "créer du lien" comme ils disent, je me marre.
- Sans le garage et la Serre ça n’aurait jamais marché leur truc.
- C’est sûr que le garage c’est vraiment une bonne idée pour le coup. A First Stop ils me disaient que ça leur a changé la vie, d’avoir des clients qui savent un peu de quoi ils parlent et arrêtent de demander n’importe quoi, de les accuser de tout.
- Après, la Serre, sans tous les petits vieux qui ont leur jardin pas loin, ça n’aurait jamais marché. Ils ont rien acheté comme graines ni rien, on leur a tout donné. C’est facile aussi.
- Oui ben comme au Paradis, sans les gens qui donnent leur temps, ça tiendrait pas.
- Tiens, la gamine qu’ils avaient en insertion au Paradis pendant six mois, tu sais la petite brune qui venait de Lyon, je l’ai vue au bowling à Oyonnax, elle avait l’air d’être chef d’équipe.
- J’aurais pas donné cher de sa peau, c’te gamine, quand elle est arrivée, tu te souviens ?
- Oui, même que j’avais trouvé bizarre qu’ils la mettent au service si souvent, elle avait l’air de boîter, on soufflait dessus elle s’envolait.
- Les clients sont gentils au Paradis, c’est quand même pas l’usine.
- Non, mais l’encadrement, je sais pas trop des fois.
- C’est des artistes, ils ont pas toujours la tête sur les épaules ces gens-là.
- Ben pas que, à c’qui paraît. Ils prennent même des étudiants d’écoles de commerce et d’ingénieurs de Lyon. C’est comme ça qu’ils ont trouvé la petite, à c’qu’on m’a dit. Elle était dans la rue où vivait le jeune là…
- Celui avec la barbe et les cheveux bizarres ?
- Non le blond, grand, genre surfeur.
- Ah oui, ils voulaient le recruter au rugby, il les a aidé pour les côtelettes, il a l’air pote avec Hugo.
- Hugo c’est une autre histoire, il va sûrement quitter le club, bon comme il est maintenant.
- C’est vraiment devenu un marché aux viandes ce système de mercato, il n’y a plus d’âme dans les équipes, c’est que du fric.
- En parlant de fric, tu sais si ça marche leur truc de radar là ?
- Ben pas comme au début. Au début quand ils ont installé ça, ça a été un carnage. Avec les plaques ils retrouvaient les chauffards, ça a fait du vent dans pas mal de familles friquées de Genève. Et puis le stationnement aussi, ça a rapporté pas mal.
- Ah bon, tant que ça ? Je comprends pas pourquoi. Tous les stationnements de moins d’1 heure sont pas comptés, ça fait quand même la majorité non ?
- C’est plus tordu que ça leur truc. Quand tu arrives en ville, ta plaque est flashée et quand tu ressors, elle est flashée. Le temps est compté entre les deux, si tu as roulé à plus de 50, c’est le topic chez toi dans les 10 jours, et si tu t’es arrêté plus d’une heure, tu as la note de stationnement à la fin du mois. Ils peuvent estimer ce que le stationnement va rapporter en temps réel et donc c’est cet argent là qu’ils demandent à la banque, pour fonctionner, puisque c’est de l’argent qui va être remboursé par les paiements des gens.
- Mais il doit bien y en avoir qui payent pas, ou pas à temps ? Ça peut vite chiffrer cette histoire !
- C’est ce que je te dis, au début ça a rapporté vraiment beaucoup, mais là, ça s’épuise mais te fais pas d’illusion, l’essentiel des stationnements c’est payé par des boîtes en note de frais, c’est les commerciaux, les gens qui viennent pour manger le midi. Et puis les abonnements des résidents aussi, ça rapporte parce que c’est comme une garantie pour les prêts de la banque, tu vois ?
- De toute façon te fais pas d’bile, l’argent arrive toujours et les banques s’en sortent bien. Tu vas payer quelque chose là ?
- Ben non, en plus avec leurs défilés on risque pas de faire des excès de vitesse.
- Oui c’est plus la nuit que ça doit bien marcher le tiroir-caisse avec ce système.
- Tu m’étonnes. Mais note bien que dans la rue Mercier, la nuit il y a aussi du monde, avec leur système au Paradis qui est ouvert en permanence.
- Oui alors ça c’est vraiment un truc que j’avais pas compris, c’est Michel qui m’a expliqué. Ils font à bouffer tout le temps en fait, il n’y a pas d’horaires. Alors les gens qui travaillent de nuit dans les usines autour, ils viennent là.
- Je crois qu’ils se sont mis d’accord avec les usines pour savoir un peu les moments d’affluence. Ils font un repas de chefs de temps en temps.
- De chefs, tu veux dire de chefs étoilés ?
- Mais non, de chefs des usines, les patrons, les chefs d’équipe tout ça, et les gens du Paradis, pour se mettre d’accord.
- Ah c’est pour ça ! J’avais pas capté, c’est pour ça qu’on voit toutes ces belles bagnoles des fois sur l’esplanade. Ils restent bien plus d’une heure, ça doit bien rapporter ça !
- Oui ils font bosser en alternance les cuistots des autres restaurants, pour pas faire concurrence déloyale, et ils s’occupent que du dressage et du service au Paradis. A l’Enfer ils le font pas parce que les jeunes prennent toute la place en bas, c’est con parce que ça leur permettrait de se voir entre patrons et jeunes, pour leur donner envie de bosser. Je te dis, leur truc de lien c’est pas au point.